Ateliers d'écriture

La Société littéraire de La Poste propose des ateliers d’écriture.

Voici quelques textes des participants.

La fée Électricité

On se targue, de nos jours, de ne plus croire aux fantômes, aux vampires, aux morts-vivants et autres revenants de tout poil. On reproche souvent à celles et ceux qui y croient encore leur naïveté et inconséquence. La fée Électricité sert à les éloigner.

Avez-vous conscience, chers européens, que quand la lumière disparaît, les maîtres de nos superstitions, les sorcières et les fantômes sont là, tapis dans l’ombre, prêts à ressurgir ?

La fée Électricité, un jour, il y a longtemps, quand je vivais à Paris, je l’ai rencontrée. Elle était attablée, une nuit, à la terrasse d’un café sur les Champs-Élysées, à proximité de laquelle je me promenais. Je m’assis à une table à côté de la sienne.

La demoiselle était lumineuse, c’était un être de lumière, complètement éthéré et illuminé comme une ampoule électrique. Je liai conversation avec elle.

– Qui êtes-vous ? osai-je demander à cette inconnue.

– Je m’appelle Mary Stilwell, répondit-elle, la première épouse de Thomas Edison (elle était dotée d’un fort accent américain). J’ai été son inspiratrice lorsqu’il inventa la première ampoule électrique, continua-t-elle.

La jeune femme, enfin cet être de lumière, paraissait avoir dans les vingt-neuf ans. Elle était vêtue d’une longue robe de dentelles comme les femmes en portaient au dix-neuvième siècle. Un collier de perles ornait sa gorge blanche. Une longue chevelure bouclée retombait sur ses épaules.

– Je suis morte prématurément à vingt-neuf ans, en 1884, me dit-elle. Je suis condamnée à errer de ville en ville, de pays en pays pour y apporter la lumière.

Cette jeune femme me parut être complètement folle mais elle me plaisait bien. Je m’approchai d’elle pour pouvoir la toucher. Mais elle n’était pas palpable, ma main passa à travers elle. C’était absurde, je me demandai en moi-même si je n’étais pas en train de rêver. Elle se leva de sa chaise, me fit un sourire et sans me quitter des yeux s’éloigna comme portée par une petite brise. Elle disparut au coin de la rue François-1er.

C’était incroyable ce que j’avais vécu là. Dès le lendemain, je repris contact avec mon psychiatre, pour parler de tout cela. Mais il était vrai que j’avais beaucoup bu ce jour-là.

 

Plus tard, je ne pensai plus à cette histoire et j’eus une autre rencontre insolite. C’était par une journée d’été où étrangement la nuit tomba plus tôt que d’habitude. Rentrant chez moi après une dure journée de labeur, je dus passer par le parc des Buttes-Chaumont dans le dix-neuvième arrondissement. Je vis, assise sur un banc public, une jeune femme africaine, une fille d’aujourd’hui en jean et chemisier vert, très jolie. Elle paraissait souffrir d’une blessure qu’elle tentait maladroitement de dissimuler ; elle me remarqua.

– Je suis la fée Obscurité, me dit-elle. Je suis morte l’année dernière dans un crash aérien ; j’ai été condamnée à errer de ville en ville, de pays en pays pour y apporter l’obscurité. Lorsque j’apparais en un endroit, la nuit ne va pas tarder à tomber.

– Alors ça c’est bien, lui répondis-je en m’asseyant à côté d’elle. Je préfère la nuit moi aussi, on peut faire ce qu’on veut sans crainte d’être verbalisé par un agent de police.

J’eus plus de chance avec la fée Obscurité. Je m’aperçus qu’elle était palpable. La relation entre elle et moi se concrétisa, son amour m’a transformé, m’a transcendé. Avec elle, je ne suis plus le même. À présent nous sommes deux. Dépassés par notre nature, nous ne cherchons pas la lumière mais plutôt l’obscurité.

Par Éric Mentel, juillet 2021.

Sur la plage abandonnée

Ses pas s’enfonçaient dans le sable de cette plage de Vendée.

Tête basse, il songeait qu’être nageur sauveteur le privait de ses vacances estivales loin de sa famille et des copains. Être utile, s’engager, faire preuve de civisme lui avait plu et être rétribué pour marcher sur une plage, un plus appréciable pour ce job d’étudiant.

Alerte à Malibu. Une tromperie loin de sa réalité.

Des naïades au bikini échancré ne se bousculaient pas autour de lui.

Levant les yeux, il envia les mouettes qui braillaient dans l’azur vendéen, les plumes irisées dans le soleil.                                                                                  

– Libres comme l’air, elles ! maugréa-t-il.

Des débris de coquillages, couteaux acérés, clams dépareillés, bigorneaux évidés martyrisaient ses pieds nus. Il rajusta son baudrier contenant son talkie-walkie sur sa poitrine, tira sur son short orange. Ses Ray-Ban ne voyaient que dodues mères de famille, surfeurs riant avec leurs copines, gamins s’éclaboussant.

Mains dans le dos, le regard fixé sur les vagues, il surveillait, sifflait les étourdis à la bouée licorne, les deux ados qui s’éloignaient vers le large sur leur paddle gonflable. Des imprudents distraits par le bonheur de cette journée ensoleillée.

Peu à peu son dos se courbait, son visage s’allongeait de tristesse.

Que venait-il faire sur cette grève ?               

– Aïe ! Eh ! Fais attention ! Arrête de me marcher dessus, tu m’enfonces dans le sable.

Surpris, il se figea.

Qui parlait ?

Autour de lui. Ça s’ébattait, courait, riait mais il ne marchait sur personne.

L’un après l’autre, il examina ses pieds.

– Suis idiot. Je ne peux marcher sur un gamin et l’enfoncer. Bizarre !

– Et tu recommences ! Une voix outrée, furieuse l’apostrophait de nouveau.

– Baisse les yeux, au lieu de tirer sur ton short ridicule.

Interloqué, il scruta les lieux. Personne ne l’interpellait.

Il ressentit un picotement sur son gros orteil.

– Là, maintenant, tu me sens si tu ne vois pas. Peau rouge !

Peau rouge ! À présent on se moquait de ses coups de soleil.

Il baissa le regard et vit… un Bernard-l’hermite toutes pinces dehors, la coquille striée étincelante au soleil.

– Je te parle peau rouge. C’est pas drôle de traîner cette carapace pour gagner la mer. Mais si tes pieds en plus m’enterrent, ma vie devient un enfer, parole d’Hermite.

– Tu parles ?

– Suis un crustacé sachant parler. Hé ! T’as vu ma coquille ? Du premier choix. Du bulot XL aux plissés tendance. Je plaisante. Je te vois chagrin. Parce que tu ne trouves pas deux pièces féminines à aborder ?

– Ouais. J’avais accepté ce job mais je regrette. C’est pas Malibu. On me donne les surveillances aux heures les plus chaudes. Je rougis, brûle. Suis peu présentable et timide.

– Mais tu es vigilant, attentif, répliqua le Bernard-l’hermite en se retirant un grain de sable de la coquille.

– Ouais, suis sauveteur et je me sens délaissé.

– Délaissé, seul sur cette plage abandonnée. Lui chantonna le gastéropode des mers.

– Tiens, regarde cette jeune fille en maillot rouge.

– Pas pour moi. Elle court vers les surfeurs.

– Mais non !  Regarde bien.

– Hello, le maître-nageur. J’ai coquillage dans pied, vous m’aidez ? Je speak mal français.

Après ce soin, la jeune femme tout sourire :                    

– Je m’appelle Pamela. Vous venir avec moi pour manger glace ? Suis avec copines là-bas.

– Oh ! Oui ! Dans un quart d’heure j’ai fini. Je vous rejoins.

Heureux, il regarda Pamela lui désigner la cabane du glacier.

Jamais depuis son arrivée, il n’avait remarqué le nom de l’échoppe :  MALIBU

Par Muriel Bernard, juillet 2021.

Navig'eau

Sur la vitre mouillée du bus, je suis cette goutte d’eau qui descend lentement le long des reflets des visages.

De l’extérieur, innocemment, je m’attarde sur cette femme qui lit, sur cet homme qui réclame une place assise.

Je repars, profitant du vent de ma course.

Je m’étoffe de trois gouttelettes timides qui s’égouttaient.

Je me fais loupe pour dévisager ce visage maussade, je zoome sur des lèvres sèches, gercées par trop de paroles aigres.

L’aluminium terne du rebord de la fenêtre se précise. Empruntant un chemin de traverse, je vous longe, tire mon trait humide, balafrant la sagesse, l’animosité de vos visages.

Inutile de passer votre sagace main sur la vitre, je m’en moque, je me ris de vos vains efforts pour m’effacer.

Je suis dehors, libre.

Vous êtes dedans, prisonniers de votre Navigo.

Par Muriel Bernard, juin 2021.

Nous contacter :

8, rue Brillat-Savarin 75013 Paris

tel : 01 40 05 02 98

contact@souffles-litteraires.fr